Dans le cadre de l’élection présidentielle du 12 Avril 2026, la Commission Béninoise des Droits de l’Homme a rendu public son rapport à travers une déclaration ce jeudi 16 Avril 2026 à son siège.
L’intégralité de la déclaration
Déclaration de la Commission Béninoise des Droits de l’Homme (CBDH)pour l’élection présidentielle du 12 avril 2026
La Commission Béninoise des Droits de l’Homme (CBDH), dans le cadre de l’élection présidentielle du 12 avril 2026, a effectué sa mission habituelle de
monitoring des droits humains.
Ce monitoring vise entre autres, à s’assurer de la transparence, de l’équité, de la
liberté d’expression, d’association et de participation, conformément aux normes nationales et internationales des droits humains et en application des articles 5 et 38 de la loi n°2024-22 du 26 juillet 2024 relative à la Commission Béninoise des Droits
de l’Homme.
La méthodologie du monitoring est basée sur deux approches : celle de l’observation
directe effectuée par les moniteurs de la CBDH et celle de la mobilisation des données secondaires présentées par les structures partenaires.
I. Monitoring de l’élection présidentielle du 12 avril 2026
Trois phases ont été prises en compte dans le processus électoral : la phase pré-
électorale, la phase du scrutin et la phase post-électorale.
1.1. Les activités de la phase pré-électorale
Cinq (5) activités principales ont meublé la phase pré-électorale à savoir :
i) des activités de renforcement de capacités des commissaires et du personnel ;
ii) un appel à la paix lancé aux partis politiques, aux médias et aux populations ;
iii) le suivi de la campagne électorale ;
iv) le déploiement de deux cent quarante et un (241) moniteurs communaux ;
v) la formation des moniteurs sur l’ensemble du territoire national.
1.2. Les activités du jour du scrutin
Le jour du scrutin, la CBDH s’est investie dans le monitoring qui s’est déroulé comme
une forme d’observation active visant à identifier les droits humains violés et s’est employée à faire cesser leur violation en temps réel.
Les principaux constats mobilisés portent sur 3617 postes de vote (soit 940 centres
de votes) sur 17749 postes de vote opérationnels au niveau national soit une couverture d’environ 20%. Les moniteurs ont été répartis dans les 77 communes du
territoire national.
Les constats relatifs à la situation des Droits de l’Homme ont été saisis à travers
l’observation du processus électoral. Elle a concerné notamment :
i) les conditions du déroulement du scrutin ;
ii) l’accessibilité des postes de vote notamment aux personnes handicapées et vulnérables ;
iii) la participation des femmes à la gestion des opérations de vote ;
iv) le rôle des Forces de Défense et de Sécurité ;
Sur chacun de ces points, les constats ci-après ont été faits.
1.2.1. Les conditions de déroulement du scrutin
A ce niveau, les constats portent sur l’ouverture, l’authentification des
bulletins de vote, la fermeture des postes de vote et les opérations de dépouillement.
L’ouverture des postes de vote
Bien que la plupart des postes effectivement observés par la CBDH aient ouvert à l’heure (98,8% des postes observés sur le plan national), 1,2 % des postes observés ont ouvert avec retard dont par exemple le Poste de vote de Djadjo, dans
la commune d’Abomey -Calavi, où le vote a démarré à 8h 08 min.
L’identification et l’authentification des bulletins de vote
Dans 98% des postes de vote visités, les bulletins ont été authentifiés
convenablement comme l’exige l’article 62 alinéa 3 de la loi n°2019-43 du 15
novembre 2019 portant code électoral en République du Bénin. Cependant 02% des
postes de vote observés n’ont pas respecté les règles d’authentification avant le démarrage du vote. Tel est le cas du poste de vote n°1 dans un centre de vote dans
l’arrondissement de Tokpota Vedo, commune de Porto-Novo, département de l’Ouémé.
La présence des affiches de campagne près des centres de vote
Dans 8,6% des centres visités, les moniteurs ont noté l’existence d’affiches à caractère propagandiste. Dans le département de l’Atlantique, commune de So-Ava,
arrondissement de So-Ava, centre de vote EPP Sindomey, la Commission a constaté
la présence des affiches de l’un des duos en lice.
La disponibilité du matériel électoral
La Commission note que dans l’ensemble la CENA, a pourvu tous les centres visités
en matériel électoral suffisant.
L’accessibilité aux postes de vote
Elle a été observée sous deux angles : l’identification de la position physique et
l’accessibilité physique (routes, infrastructures ; cadre physique du centre).
Pour ce qui est de l’identification des postes de vote, la presque totalité (99,9%) des postes de vote observés par l’équipe de la CBDH ont été jugés identifiables.
En ce qui concerne l’accessibilité, les postes ont été déclarés accessibles pour tous,
du point de vue physique, dans 99,8% des cas. L’accessibilité des personnes
handicapées et des personnes vulnérables a été jugée non garantie dans (2,2%) des
postes de vote observés. C’est le cas du complexe scolaire le Destin 1er, dans la
commune d’Abomey-Calavi, arrondissement de Godomey, où l’accessibilité a été
entravée par la disposition des urnes en hauteur, empêchant ainsi les personnes
handicapées présentes de voter. Le même cas a été observé dans la commune de
Cotonou, au 7ème arrondissement, quartier Sèdjro Saint Michel, au centre de vote
école privée catholique Saint Augustin où l’accès est difficile aux personnes à
mobilité réduite.
La fermeture des postes de vote
Le retard dans l’ouverture des postes de vote a induit, un retard dans le
dépouillement et par conséquent dans la fermeture de ces postes. L’heure la plus
tardive de fermeture de poste de vote enregistrée par l’équipe déployée par la
Commission est 17h15 au poste de vote n°3 du centre de vote EPP Dèkoungbé, arrondissement de Godomey, commune d’Abomey Calavi, département de
l’Atlantique.
La centralisation des résultats au niveau des coordinations
d’arrondissement.
Les opérations de centralisation ont été réalisées en présence de tous les
représentants des partis politiques dans 74,3% des cas pour les sites observés. Dans
25,7%, certains représentants des partis étaient absents. C’est le cas au niveau de l’arrondissement de Penessoulou, commune de Bassila, département de la Donga,
dans tous les arrondissements visités de la commune de Karimama dans le
département de l’Alibori où les représentants du parti FCBE n’étaient pas présents.
1.2.2 La participation des femmes à la gestion du processus électoral
Les informations collectées révèlent que 21,1% de femmes sont présidentes
de poste de vote.
1.2.3. Le rôle des Forces de Défense et de Sécurité
Dans la majorité des postes de vote (89,8%), les Forces de Défense et de Sécurité
(FDS) étaient présentes et visibles. Elles ont adopté une attitude favorable dans
l’ensemble (99,4%).
1.2.4. Le droit de vote des détenus non condamnés, conformément au
principe de la présomption d’innocence et aux normes internationales.
La Commission a noté que le vote des personnes détenues bénéficiant de la
présomption d’innocence n’a pas été effectif au cours des élections présidentielles
du 12 avril 2026 privant de ce fait plusieurs citoyens en attente de jugement du droit de vote.
1.2.5. Des irrégularités observées
Dans le département du Mono, commune de Comè, centre de vote CEG 1 Comè,
Poste de vote n°4, les membres du poste de vote ont été surpris en train d’estampiller les bulletins de vote en présence des observateurs de la CEDEAO et de la CBDH.
1.3. Les activités de la phase post-électorale
La phase post-électorale a été marquée par des activités d’investigation pour documenter les différentes allégations rapportées aussi bien par les autres structures d’observation que par les médias.
La CBDH n’a pas observé par elle-même de situation particulière entravant les Droits
de l’Homme au lendemain des élections. Elle a toutefois enregistré des alertes que
certains moniteurs ont confirmé après investigation. Il s’agit notamment des alertes en lien avec des situations telles que le démarrage du scrutin avant l’heure officielles
d’ouverture avec des urnes qui contiennent déjà des bulletins. Ces cas ont été observés par endroits dans le département de l’Ouémé, commune de Sèmè-Kpodji,
arrondissement d’Agblangandan, centre de vote Place publique Agbalilamè, poste
de vote n°1. Ce poste a démarré le scrutin à 6h30 avec des bulletins de vote déjà
dans l’urne. Il en a été de même dans le département de l’Ouémé, commune de
Sèmè-Kpodji, arrondissement de Sèkandji Houéyogbé, centre de vote EPP GBAGBO, où le registre d’émargement des votants était pratiquement vide alors que la fiche de comptage des votants indique 412 personnes ayant voté.
II. Synthèse des observations sur le respect des Droits de l’Homme au cours du
processus
La CBDH a pu observer que de façon tendancielle, de nombreux droits ont été respectés au cours du processus électoral pendant que d’autres ne l’ont pas été.
- 1. Droits respectés lors du processus
Les droits observés par la CBDH comme étant respectés sont :
la liberté d’opinion et d’information à travers la liberté de la presse et des journalistes pendant tout le processus ;
la liberté de réunion et d’association qui a conféré le droit aux citoyens de
participer aux meetings, manifestations et campagnes ;
le droit à la sécurité et à l’intégrité physique qui permet d’assurer la protection
des électeurs, candidats et observateurs par les forces de défense et de sécurité le jour du scrutin ;
le droit à la non-discrimination ;
le droit au vote libre et secret à travers un vote sans contrainte pour la plupart des cas ;
le droit à l’observation électorale qui a permis à la CBDH de déployer des moniteurs sur l’ensemble du territoire national.
2.2. Les droits de l’Homme mis à mal
Il découle du monitoring de la CBDH que les droits ci-après ont été violés :
droit de vote des personnes handicapées et vulnérables (absence de rampe
pour permettre aux handicapés moteurs d’accéder aux postes de vote ; postes
de vote se trouvant un peu en hauteur ; sites sablonneux entravant la mobilité
des handicapés moteurs) ;
droit à la sécurité : le scrutin s’est déroulé dans un cadre sécuritaire qui lui a
été favorable. Cependant, il a été rapporté des actes isolés de pertubations
par des individus armés non identifiés dans une commune du septentrion. La
Commission est à pied d’œuvre pour vérifier l’authenticité de ces
informations.
III. Remerciements des différents acteurs
La CBDH tient à exprimer sa gratitude au Gouvernement béninois, à l’Organisation
Internationale de la Francophonie (OIF), l’Association Francophone des Commissions
Nationales des Droits de l’Homme (AFCNDH), l’Ambassade de Chine, la Coopération
Suisse, la Coordination du système des Nations Unies, le PNUD, la Commission de
l’Union Africaine, la Cour Suprême, la CENA, les Organisations de la Société civile, les
personnalités et citoyens, ayant visité la salle de situation électorale ainsi que la
presse.
IV. Recommandations
La CBDH formule les recommandations ci-après :
A l’endroit du Gouvernement et de ses démembrements :
faire la lumière sur les cas d’irrégularités et sanctionner les auteurs des cas
avérés ;
mettre tout en œuvre pour le respect du code électoral ;
veiller au traitement adéquat des résultats des votes ;
Par ailleurs, la CBDH s’engage à :
maintenir la veille sur les cas possibles de violations des droits de l’Homme au
cours de la période post-électorale ;
faire des propositions pour l’amélioration des lois et codes électoraux en vue d’une meilleure inclusion ;
engager un dialogue entre les structures impliquées dans l’observation des
élections pour des actions en synergie ;
mener des actions de plaidoyer sur des cas d’atteinte des droits de l’Homme
notés (vote des personnes en attente de jugement ; accessibilité des sites de
votes par tous ; meilleure participation des femmes à la gestion des élections).
Fait à Cotonou, le 12 avril 2026
Le Président
Abou-Bakari IMOROU


